
« PARLER » est un programme de prévention précoce des acquisitions du langage oral et des pratiques liées à l’écrit, dont l’objectif est de contribuer à la lutte contre l’échec scolaire des enfants. La Fondation d’entreprise Crédit Social des Fonctionnaires a souhaité apporter son soutien à l’académie de Martinique qui a décidé de mettre en place ce programme dans 22 classes de grande section de maternelle de la circonscription de Trinité, contribuant ainsi au maintien d’un service public d’enseignement de qualité.
La circonscription de Trinité a la triste caractéristique de voir la grande majorité de ses écoles classée en « Réseau Ambition Réussite ». Si le taux d’échec scolaire est très important dans ces établissements, Chantal Vicaigne, inspectrice de l’Éducation nationale, circonscription de Trinité, en charge de la mission Éducation prioritaire et Maîtrise de la langue dans le département de Martinique, reste convaincue que cette situation n’est pas une fatalité.
Confrontée depuis 25 ans à la « grande difficulté scolaire », elle ne cesse de se battre pour promouvoir et préserver l’égalité des chances devant l’apprentissage de la lecture mais aussi prévenir l’illettrisme, un phénomène d’une ampleur considérable, largement répandu dans les départements d’Outre-Mer. Aussi, elle voit avec le programme « PARLER » une manière de travailler différemment en étant plus efficace.
Tous les scientifiques s’accordent sur le fait que les compétences et les aptitudes acquises préalablement à l’apprentissage de la lecture (avant la classe de CP) conditionnent la réussite de cet apprentissage. C’est pourquoi, en dotant les 22 classes de grande section de maternelle de sa circonscription des outils du programme « PARLER », Chantal Vicaigne compte offrir aux enfants, issus de milieux culturellement défavorisés, l’expérience de la réussite.
Après une formation à l’utilisation des outils assurée par des formateurs spécialisés, les enseignants seront, eux aussi, mieux armés pour développer les compétences de langue orale et de catégorisation indispensables à l’entrée dans l’écrit. Si cette expérimentation est coûteuse, elle mérite d’être menée à terme au regard des résultats attendus. Ce seront quelque 500 élèves de 5 ans qui pourront tirer profit de cet accompagnement spécifique.
Le programme « PARLER »
Le programme « PARLER » (Parler, Apprendre, Réfléchir, Lire Ensemble pour Réussir) rassemble des outils élaborés par le laboratoire cognisciences de Grenoble, dirigé par le Docteur Zorman, spécialiste de la prévention de la dyslexie et des troubles langagiers. L’objectif de ce programme de prévention précoce des acquisitions du langage oral et des pratiques liées à l’écrit, est de contribuer à la lutte contre l’échec scolaire des enfants de familles défavorisées.
Le programme s’organise autour de 3 axes : la mise en synergie et la collaboration de l’école, des familles et de l’intervention péri-scolaire au service des acquisitions et du développement linguistique (oral et écrit) de l’enfant ; des pratiques pédagogiques et des outils validés par les études ; la continuité de l’intervention sur les 3 années du cycle 2.
De nombreuses écoles de la banlieue de Grenoble mais aussi de Paris, classées en zone d’éducation prioritaire, utilisent déjà ces outils qui permettent d’obtenir des résultats probants.
L’intérêt des outils du programme « PARLER »
Les exercices d’entraînement sont destinés à des enfants de grande section de maternelle, c'est-à-dire des enfants prélecteurs qui devront avoir acquis une habileté phonologique suffisante pour optimiser leur capacité d’apprentissage de la lecture en CP.
Une compétence aussi complexe que l’acte de lire, met en jeu de très nombreux processus cognitifs : traitement de l’information visuelle et auditive, mémoire de travail, mémoire à long terme, synthèse sémantique...
Pour que les processus les plus complexes, liés à la compréhension et au sens puissent se réaliser, il faut que les capacités cognitives de « bas niveau » soient totalement automatisées et donc inconscientes.
La métaphore sportive peut aider à comprendre la notion d’entraînement des capacités sous-jacentes. Un sauteur à la perche doit, pour être performant, courir le 100 mètres en moins de 11 secondes, avoir de la détente, sauter 2 mètres en hauteur et posséder une bonne représentation de son corps dans l’espace. Son entraînement va essentiellement consister en l’amélioration de ces compétences de base (vitesse, détente, etc.). La médiation phonologique étant une capacité cognitive de « bas niveau » essentielle à la lecture, son entraînement régulier et fréquent favorise et facilite l’apprentissage de celle-ci.
La médiation phonologique a plusieurs objectifs : stimuler l’enfant pour qu’il trouve des mots qui se ressemblent d’un point de vu phonologique ; amener l’enfant à se décentrer du sens du mot pour porter son attention vers la phonologie ; apprendre à segmenter un mot en syllabes ; parvenir au sens par la fusion de syllabes ; prendre conscience des phonèmes ; savoir supprimer et fusionner des phonèmes ; prendre conscience du lien entre langue orale et langue écrite.
Les élèves travaillent en groupes restreints, de 5 à 7 enfants. Les exercices d’entraînement sont quotidiens à raison de 30 minutes par groupe. Des exercices d’évaluation sont inclus dans la méthode. Aidés de ces outils, les enseignants peuvent mesurer avec précisions les effets des exercices sur les habiletés phonologiques et ajuster au besoin la progression.