Oser le désert

« Oser le désert » est un projet porté par l’association « Au-delà du regard » (Le Cellier - Loire-Atlantique), qui permet à de jeunes déficients visuels de repousser les limites du handicap, hors des chemins balisés, d’offrir un espace de liberté à ceux dont la vie est un parcours d’obstacles. La Fondation d’entreprise Crédit Social des Fonctionnaires a souhaité apporter son concours à cette action innovante, contribuant à développer l’autonomie des personnes ayant un handicap.

L’association « Au-delà du regard » a pour objectif de permettre à de jeunes déficients visuels de dépasser les limites du handicap et de développer leurs potentiels. L’association organise, depuis sa création en 2006, des randonnées dans le désert en privilégiant la vie de groupe, les échanges culturels, tout en accompagnant des projets artistiques.
Le projet « Oser le désert » est donc une chance pour ces jeunes malvoyants, d’expérimenter le dépassement de soi dans une manière dynamique de vivre le handicap, en participant à une randonnée sous la forme d’une caravane itinérante.


Des déficients visuels dans le désert


Les personnes qui vivent avec un handicap visuel sont contraintes, dans leur quotidien, à une vigilance extrême et à une relative dépendance.
Le désert, espace sans bruit ni obstacle, leur donne la possibilité de vivre sans tension une expérience de liberté de déplacement et de mouvement. La simplicité de la vie matérielle favorise aussi l’autonomie : repas, vaisselle, installation du camp sont effectués par les participants eux-mêmes. Le silence, le dénuement, le rythme paisible au pas des chameaux, la perte de repères, offrent à chacun un regard renouvelé sur lui-même, sur son handicap, sur sa vie.
L’expérience « Oser le désert » est proposée à des jeunes handicapés visuels de 16 à 30 ans. C’est une période où les études, les choix et les orientations professionnelles peuvent être vécus difficilement voire douloureusement ; il n’est pas question pour eux, par exemple, de passer le permis de conduire ce qui va obligatoirement les limiter dans leurs aspirations.
En s’engageant alors dans une randonnée en autonomie totale, il devient possible pour ces jeunes de vivre une aventure extraordinaire qui ouvre d’autres horizons.

Deux randonnées sont proposées dans l’année, une durant les vacances de Toussaint et une durant les vacances d’hiver. Chaque randonnée, encadrée par un chef de projet, un animateur, des accompagnateurs et un guide local choisi pour ses compétences, permet à un groupe de 7 jeunes handicapés visuels de parcourir le Grand Erg Oriental, au sud de la Tunisie, tout en partageant des échanges musicaux avec les chameliers, la manière de vivre des nomades, la cérémonie du thé, la cuisson de la galette dans le sable, l’installation du campement, le soir, au creux des dunes…

La randonnée s'effectue à pied ; les chameaux étant utilisés uniquement pour transporter les bagages et le matériel collectif. Néanmoins, il est toujours possible, en cas de fatigue, de monter sur un chameau. Le rythme de la caravane est le meilleur moyen pour découvrir ces régions et les nomades qui y vivent. Le rythme de la marche est lent et régulier, adapté à tout le monde ; l'aspect découverte étant privilégié par rapport à l'aspect sportif. Les participants ne rencontrent aucune difficulté technique ; le terrain étant le plus souvent sablonneux. Dans le désert, les étapes sont régies par la présence des points d'eau, de quelques puits parfois asséchés ou de sources cachées connues des nomades seuls, et par la présence du bois nécessaire pour faire du feu le soir et cuire la galette.

Chaque « aventure » donne lieu à la réalisation d’un film, dont les jeunes sont les acteurs. Il les aide à libérer leur parole, leur regard sur eux-mêmes. De plus, ce documentaire donne à voir la richesse de l’expérience, permet de la partager, d’informer un large public (écoles, foyers de jeunes…) et favorise ainsi l’intégration des personnes déficientes visuelles.


L’institut des Hauts Thébaudières

L’association « Au-delà du regard » est un support à l’activité de l’Institut des Hauts Thébaudières, situé à Vertou (Loire-Atlantique), dont la vocation est d’être une porte d’entrée dans le monde des voyants. En facilitant l’accès au savoir, à la communication, à la relation, l’institut fait du déficient visuel un sujet acteur et responsable de son devenir.

L’institut fait partie des rares établissements qui s’adressent à tous les âges de la vie. Il est doté de nombreux services d’accompagnement familial, d’éducation précoce ou encore de formation adaptée, dédiés aux jeunes et très jeunes enfants, aux adolescents et aux jeunes adultes jusqu’à 20 ans. Parallèlement, une section d’éducation avec handicaps associés accueille enfants et jeunes de 5 à 20 ans présentant, en plus de la déficience visuelle, d’autres difficultés invalidantes (troubles de la personnalité, handicap mental profond, handicap physique).
Un service d’aide à l’acquisition de l’autonomie et à l’intégration scolaire, qui s’adresse aux 3 - 20 ans, permet aux familles de scolariser leur enfant dans une école à proximité de leur résidence. Créé pour favoriser l’intégration en milieu ordinaire, ce service propose une prise en charge globale de chaque jeune : suivi médical, paramédical, psychologique et social, suivi éducatif dans la recherche d'une autonomie maximale dans la vie quotidienne et les déplacements, suivi pédagogique (information, conseil et échange auprès des enseignants, adaptation et aménagement des outils scolaires, apprentissage des techniques pal¬liatives, soutien pédagogique auprès de l'enfant ou de l'adolescent...). De la prise en charge d'enfants lourdement déficients à l'intégration scolaire en collège, tous les niveaux sont représentés ce qui a rendu nécessaire une individualisation des processus de formation et une personnalisation des parcours de chacun.

La présentation de l'institut ne pourrait être complète sans parler de son service d'adaptation des documents et son centre de documentation. Le service d'adaptation traduit en braille ou reproduit en gros caractères livres scolaires, formulaires, romans... Chaque document agrandi est conçu individuellement à l'intention d'une personne particulière, en fonction de sa déficience. Le service reçoit de l'Éducation nationale chaque sujet d'examen un mois avant l'épreuve ; sa mission consistant à l'adapter au format ou le transcrire en braille afin que le candidat puisse concourir au même titre que n'importe quel voyant. Le service répond également aux sollicitations de particuliers, de collectvités, musées, voire de commerçants. Cela représente un travail colossal assuré par cinq professionnels et une relectrice pour le braille. Ici on ne parle pas de rentabilité mais de service public. Quant au centre de documentation de l'institut, il a accumulé 350 titres d'ouvrages en braille et 500 en gros caractères, sans parler des précieuses partitions en braille, héritage de la spécialisation en musique de l'établissement pendant de nombreuses années. Mais ce qui étonne certainement le plus, ce sont les jeux et livres en relief, créés par des salariés de l'institut qui se réunissent chaque année, une semaine en juillet, pour imaginer, concevoir et fabriquer ces objets très tactiles qui permettent aux enfants atteints de cécité, de se plonger dans des activités ludiques au même titre que les autres enfants voyants.